21-26 août 2018

Le festival

Cinéma l'Eperon

Les hommes, les femmes et les films de l’Éperon.

 

Il y a des lieux qui traversent le temps, souffrant plus ou moins de son inexorable course.
Il y a des lieux dont les murs racontent l’histoire d’une ville et de ses habitants.
Il y a l’Éperon, cinéma mythique de la ville Angoulême, puis ses portes closes.
Et il y a le festival du Film Francophone d’Angoulême mené par Marie-France Brière et Dominique Besnehard qui ont l’idée folle, un jour, de donner une seconde vie à ce cinéma d’hier.

1962, année cinématographique

Derrière l’enseigne lumineuse de l’Éperon se dessine l’ombre d’un homme qui a œuvré toute sa vie au divertissement d’Angoulême : Michel Deschamps. Grand exploitant de salles, déjà propriétaire de plusieurs cinémas de la ville dont le Valois, le Rio et le Français, il inaugure en 1962 une nouvelle salle « comme Paris peut en compter sur les doigts d’une seule main ! » - titrait à l’époque La Charente Libre. Tout est dit : Angoulême est la première ville de France à avoir su décentraliser la vie parisienne, à amener les avant-premières et les vedettes dans ses cinémas, à montrer les films à leur sortie, en même temps que la capitale ! À l’immobilisme souvent constaté des provinces, Michel Deschamps choisit l’expansion et la modernité. Tous ceux qui sont venus de Paris ou d’ailleurs l’ont bien compris, le soir de l’inauguration de l’Éperon, le mardi 30 janvier 1962.

Des étoiles plein les yeux

Il faut dire que Michel Deschamps a vu grand : l’Éperon est le deuxième cinéma français à disposer d’un système de projection en 70mm ! À la modernité des équipements s’ajoute le luxe du bâtiment et le confort d’une salle qui dispose de 600 fauteuils en cuir noir, type « Pullman ». Ce cinéma devient vite une fierté locale dont tout le monde parle : « Les architectes ont voulu faire de cet établissement quelque chose de grand standing et de bon ton par la richesse des draperies qui orneront les murs, les oppositions de teintes et l’atmosphère élégante qui sera de mise partout. Bref une salle que beaucoup de villes, parmi les plus grandes pourront nous envier ! » (La Charente Libre – 29 Décembre 1961).

Qui dit salle d’exception dit soirée d’inauguration exceptionnelle ! Malgré le froid vif de cette fin janvier, le public est présent pour assister au défilé des 500 invités, des personnalités du cinéma et des 12 vedettes parmi lesquelles Françoise Dorléac et Robert Hossein. Le Tout-Angoulême est au rendez-vous, y compris les caméras de la Télévision qui retransmettront le gala quelques jours plus tard. Ambiance de prestige oblige, « tandis que les vedettes recevaient des fleurs, les spectateurs n’étaient pas oubliés puisque parfum et dragées pour les dames et cognac pour les Messieurs étaient distribués par les charmants mannequins de la Maison Carven et les ouvreuses de la salle… ». Mais place au cinéma : ce soir-là, c’est Spartacus de Stanley Kubrick qui ouvre le bal !

D’hier à aujourd’hui

Michel Deschamps a donné l’impulsion cinéphile en maillant la ville d’Angoulême d’un réseau unique de salles. Le public a suivi, fidèle et enthousiaste. 56 ans après son ouverture, certains se souviennent….

« Je crois que la première fois que je suis allé au cinéma, c’était à l’Éperon, avec ma sœur, j’y ai vu Robin des bois, c’était en 1974 » - Boualem

« Je me souviens de la modernité de cette grande salle, du hall d’entrée très long et des sièges qui basculaient. L’ouvreuse était jolie aussi, c’était une grande dame blonde qui vendait des chocolats glacés à l’entracte. On allait à l’Éperon au moins une fois par semaine, on n’avait pas de voiture alors le cinéma c’était le lieu de rencontre de tout le monde ! Je me souviens particulièrement d’un film, qui avait fait scandale à l’époque, c’était La Grande Bouffe de Marco Ferreri ; un vrai choc dans la salle, on entendait des cris d’hostilité mais aussi d’enthousiasme ! » - Jean-Luc

Pour ceux qui ont connu les beaux jours de l’Éperon et pour tous les autres, le FFA est heureux d’en ouvrir à nouveau les portes pour accueillir les 10 films de la compétition et quelques séances spéciales. Pour chaque séance, 250 spectateurs privilégiés pourront prendre place dans cette salle éphémère, emplie à nouveau de toute la magie du cinéma.

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